Drôle de titre n'est-ce pas ?
C'est pourtant la vérité !
Je me suis réveillée saupoudrée d'un mélange d'herbes de Provence.
Mon esprit paranoïaque m'a immédiatement fait penser "Ça y est, elle a sombré dans le délire mystique, ça devait être la pleine Lune cette nuit et elle en a profité pour tenter de chasser le Malin de mon âme..." .
Après tout, les derniers mots qu'elle m'aura dit avant que je n'aille me coucher ont été "je crois que le Diable t'habite" ...
Alors évidemment au matin, je n'ai pas pu m'empêcher de lui poser la question :
-Pourquoi il y a des herbes de Provence sur mes oreillers ?
-C'est pour éloigner les moustiques parce qu'hier soir, pendant que tu prenais ta douche, j'ai ouvert la fenêtre de ta chambre en laissant la lumière allumée du coup, ils ont été attirés et sont rentrés, je voulais pas que tu te fasse piquer...
-Ah... d'accord. Merci.
J'ai regretté mes mauvais préjugés.
C'était juste une gentille attention.
Une de plus.
C'est vrai que ma mère est pleine de bonnes intentions. Peut être trop. Dès qu'elle peut m'aider, se faire sentir utile voire indispensable, elle en profite et saute sur l'occasion.
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Hier soir j'ai parcouru l'autobiographie d'Isabelle Caro La petite fille qui ne voulait pas grossir oui parcouru, pas lu ; parce que quand un livre m'intrigue particulièrement ou que je voulais le lire depuis longtemps, je ne peux m'empêcher de le lire dans le désordre, souvent en commençant par la fin ou les derniers chapitres.
Ça ne gâche pas mon plaisir de lire pour autant parce que quand ces derniers cris écrits sont poignants, violents, intrigants ou juste teintés d'espoir, ça ne fait qu'attiser un peu plus mon envie d'en connaître les origines, de savoir "comment on en est arrivé là" ; alors j'entame une seconde lecture, plus conventionnelle cette fois ci : de la première majuscule au dernier point.
Et bien à la suite de cette première approche je retiens :
● ces quelques mots qui ont eu la résonance d'un choc électrique sur mon c½ur trop souvent sourd-muet :
'' Un médecin vient voir Maman, qu'on a cantonnée dans la salle d'attente. "Votre fille est dans le coma. On fait tout ce qu'on peut, mais on ne sait pas si on va arriver à la sauver."
Entre deux plongées dans les ténèbres, je suis poursuivie par des visions effrayantes, la fin du monde dans un crash de planètes, le jugement dernier envoyant toutes les âmes en enfer. Puis un tunnel au bout duquel brille une lumière aveuglante m'aspire. Je m'arc-boute de toutes mes forces, je ne veux pas y aller, je me cramponne à la mince étincelle de vie qui menace de s'éteindre en moi. Je crie, à la grande surprise des infirmières qui ne comprennent pas comment un corps aussi affaibli peut parvenir à proférer des sons dune telle stridence. Ensuite, je me mets à chante une sorte de cantique susceptible de me ramener sur Terre. De l'autre côté de la vitre qui isole les patients du service de réanimation, Maman, le visage ravagé de larmes, me regarde lutter.
Par moments, je remonte à la surface de la lucidité, puis je repars inexorablement. Des souvenirs, récents et anciens, se bousculent. Les étoiles hier soir dans le ciel au-dessus des Pyrénées se mélangent avec les carrés de nuit que découpait la fenêtre de la maison, à Arbonne-la-Forêt. Je sens les écharpes écraser mon nez, les fibres de laine se glisser entre mes lèvres, j'étouffe, je vous en prie, délivrez-moi, ôtez-moi les écharpes que je puisse respirer.
Une femme coiffée d'un voile bleu s'approche de mon lit. Peut-être est-ce la Sainte Vierge qui vient me chercher pour m'emmener au Paradis.
Non, je la reconnais, c'est Maman [...] "
J'ai pleuré parce qu'a force d'osciller entre lucidité et inconscience, je fini par oublier que moi aussi je suis mortelle... Alors lire, noir sur blanc, de façon aussi nette et crue que les Tca tuent, ça me force à faire taire cette partie de moi que j'appelle "positive" , celle qui "voit toujours le bon côté des choses pour ne pas sombrer" mais qui au fond ne fait que mentir. Parce que c'est justement en me refusant la vérité - aussi âpre soit-elle- que je risque le plus d'y laisser ma peau.
Malheureusement, ça ne dure jamais longtemps...
Je me vois sens toujours comme la bonne grosse fifille qui ferait bien d'arrêter de s'empiffrer si elle ne veut pas bientôt avoir à se fournir en pantalons et en pulls au rayon maternité des magasins.
Alors je me cache. J'ai peur, j'ai honte, je ne dois pas, je m'interdis de manger devant les autres.
Mon versant dépressif dirait :
"Eux en ont le droit, pas toi"
Mon versant hystérique affirmerait plutôt :
"Eux en ont le besoin, pas toi"
La différence est sibylline mais pourtant bien réelle.
En effet si ma première facette subit, ne s'interdit pas mais plutôt se fait interdire la nourriture en vertu de je ne sais quelle loi qui n'autoriserai pas aux "grosses truies" comme elle de s'alimenter sans sanction-retour ; l'autre aspect de ma personnalité ou plutôt, l'un des autres, est dans l'interdiction active et volontaire puisqu'il se targue de ne pas avoir à s'abaisser à un besoin aussi vulgaire, sale et primitif que celui de se nourrir...
Et puis ma mère est entrée dans ma chambre, sans frapper ni prévenir comme à son habitude, pour me demander je ne sais quoi (enfin si je m'en souviens, mais c'est inintéressant, tout ce qu'elle voulais, c'était me voir, voir si je dormais et sinon, voir comment j'allais, savoir ce que je fais, ce que j'écris, ce que je lis, ce que je regarde à la télévision, ce que j'écoute sur mon Ipod, à qui je parle au téléphone, si j'avais changé dans l'espace d'une heure, où elle était venue faire la même chose : me poser une question idiote histoire de me voir...) j'ai éteint la lumière pour ne pas qu'elle voie mes larmes et ai été très sèche, presque agressive dans mes réponses...
Ce qui nous amène au second point et qui justifie le lien entre des élément aussi hétéroclites que
-Des herbes de Provence
-Le Malin
-Les gentilles attentions
-Isabelle Caro
-Sa mère
-Ma mère
-Mon enfance
-Les Tca :
● Depuis toujours, je sais que ma relation à ma mère est particulière et aussi forte que fragile, depuis longtemps je sais qu'elle me considère comme son bien le plus précieux et plus récemment ; j'ai réalisé qu'elle vivait à travers moi autant que je vivais à travers elle.
Actuellement, mes Tca, ma dépression et tout ce qui en découle m'invalident beaucoup : je suis trop fatiguée pour me lever à l'heure pour aller en cours, trop angoissée pour m'endormir plus tôt, trop abattue pour avoir l'envie/le désir de faire des efforts pour m'en sortir... (mais cela est-il réellement possible ?)
Du coup, je suis en arrêt maladie depuis deux semaines. Quinze jours où je n'ai pas été au lycée, 360 heures que j'ai passé chez moi ; avec ma mère, comme avant quand je n'allais pas encore à l'école et qu'elle ne travaillais pas encore.
Plus je m'enfonce et plus ça la rend indispensable.
Au fond, c'est ce qui lui convient le mieux. Quant à moi, je fais avec. Ce n'est pas si inconfortable d'être dépourvue de responsabilités même si parfois, j'aimerais bien que ma vie cesse de n'être qu'une vaste cage dans laquelle je tourne en rond à longueur de temps.
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Je me perds... Je vais devoir tenter de vous résumer dix-sept ans d'une vie en un article; dix-sept ans d'une relation amour/haine des plus intenses alors je vais essayer de garder mon calme et de procéder méthodiquement pour essayer de vous offrir des propos un tant soit peu compréhensibles et chronologiquement ordonnés.
[ Je ferais mieux d'écrire un bouquin narcissico-thérapeutique, une autobiographie quoi... Mais à dix-sept ans, ça sonnerait un peu comme une farce non ? Remarquez, Miley Cyrus l'a bien fait alors pourquoi pas moi ? :| ]
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Mais je préfère ravaler ma soif de vie pour ne pas nuire à la sienne.
Un jour :
Elle : oh regarde la dame avec la poussette la bas ! Regarde les petites chaussures du bébé ! Il est adorable ! Tu te rappelles quand moi aussi je te promenais comme ça ?
Moi : oui... je suis sûre que si tu en avais encore la possibilité, tu ne te priverais pas pour le faire encore...
Elle: Oh oui ! J'aimerais tellement... Tu sais que je t'ai sortie en poussette jusqu'à sept ans !
Moi : Je sais oui...
(pour être plus précise, elle m'a transportée en poussette Pour la dernière foiS à sept ans mais ce n'était pas quotidien. Une fois, simplement, elle avait été prise d'une envie soudaine et elle m'avait emmené au marché comme ça... J'avais accepté - quoique je doute qu'elle ne m'ai réellement demandé mon avis- parce que je trouvais ça "rigolo" , elle était aux anges mais a du se faire une raison après avoir eu à affronter les regards mauvais et inquisiteurs des "autres" ne comprenant pas qu'une si grande enfant puisse être aussi assistée qu'un bébé.
Ça ne s'est plus jamais reproduit.
Heureusement...)
Enfin pour l'instant...
Bientôt, c'est un fauteuil roulant qui me tiendra lieu de landau si je continue à perdre du poids.
Mon anorexie me plonge dans une sorte de Benjamin-Buttonisation des plus morbide : pour l'instant, j'en suis au stade de la grande enfance mais après ?
Après, je n'aurais plus l'énergie nécessaire pour de sortir de mon lit, elle m'apportera mes repas sur un plateau et j'userai mes dernières forces à ramper telle une pécheresse jusqu'aux toilettes, elle devra me faire la toilette, me coiffer. Peut être que je ne pourrais même plus boire normalement alors elle me donnera un biberon...
Elle dormira avec moi la nuit, de peur que je ne fasse un arrêt cardiaque parce que durant mon sommeil, mes pulsations se font plus lentes, trop lentes...
Et là, elle aura gagné.
Je lui aurais donné ce qu'elle attendrai le plus de moi, un amour infini, une utopie d'enfance éternelle...
Sauf qu'aveuglée par son bonheur, elle ne réalise pas que moi même, je n'ai pas le contrôle sur cette course au passé et qu'après avoir refusé de devenir adulte, mis de côté mon adolescence, joui du statut d'enfant-reine et m'être finalement rabaissée au stade de nourrisson ; je redeviendrais poussière.
Et là, elle aura perdu.
Elle m'aura perdu.
Elle aura TOUT perdu.
[Elle est rentrée je ne peux continuer d'écrire, je me sens surveillée. Blocage. Mais cette fois ci, je dois finir. Il en va de ma vie de trouver une solution à cet enfer parfait.]
Image : un élément de Guernica de Picasso La mère portant son enfant mort...